Seuls avec tous

Solipsismes dans la foule solitaire

17 juillet 2011
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Voilà un petit moment que Mai 68 Reloaded s’était donné quelque relatif congé. Je bats ma coulpe auprès de vous mes fidèles lecteurs! Quelques difficultés matérielles prosaïques m’ont éloigné de mon orphelin clavier. Comme quoi, votre serviteur vit bien dans le monde réel, avec ses contingences concrètes.

Ce n’était donc que ça. Je n’ai pas été pris notamment par le tourbillon estival des soirées entre potes. N’ayant en effet que peu d’amis réels à part ma petite féline à papattes encoussinées, j’aurais du être au taquet pour vous les aminches!

Je viens d’ailleurs d’apprendre que je ne serais donc pas seul à être de ces sociopathes réels ou supposés, consentis ou subis :

“Les jeunes sont aussi victimes de solitude”, Le Figaro

La France, son lien social –ou ce qu’il en reste- phagocyté par les réseaux de (dé)socialisation (vous voyez très bien ce que je veux dire, je vous propose d’ailleurs moi-même un bouton fèces-bouc qui vous permettra de liker fièrement cet article), ses foules comme agrégats de solitudes cloisonnées, la peur d’aller vers l’autre pas assez conforme à soi-même…

Cette France qui pousse nos compatriotes à rechercher ailleurs –dans les communautarismes notamment- la chaleur humaine désertant les familles et les rapports sociaux du quotidien. Avec une belle peur d’aimer et de s’attacher en filigrane. Nous évoluons dans un tissu social froid, dur et parfois violent, en pensant naïvement être mieux lotis qu’ailleurs –croissance économique ou PIB faisant foi.

Une société de compétition castratrice qui repousse dans ses recoins les plus sombres ces recalés du festin exclusif et excluant. La réussite personnelle prime ainsi sur le devoir vis à vis de nos aînés d’abord, puis plus généralement de nos prochains. Bref, une société d’individualisme total, totalisant, et pour tout dire presque totalitaire.

Alors que nos idéologues bobos nous déversent ad nauseam leurs prolixes élucubrations cathodiques, il y aurait selon certains quatre millions de Français n’ayant que trois conversations par an (source).

Attention toutefois mes cocos à ne pas confondre le fait d’être esseulé avec un certain esprit de solitude : cette force de caractère, cette vertu et qualité morale, qui est aussi un art de vivre et de savoir aller vers l’autre, en toute franchise et sincérité. Le fait d’être en accord et en harmonie avec son propre être, de savoir se suffire à soi-même, reste peut être un des meilleurs garants d’un rapport humain authentique et désintéressé avec son prochain.

Euphories artificielles et versatiles comme cache-misère…

Mais il y a bien pire que la solitude « subie ». C’est le sentiment trompeur d’avoir des amis, d’être entouré et épaulé, telle une imposante bâtisse édifiée sur un sol erratique. Et de se retrouver effondré et nu une fois soufflés les premiers vents de la tempête. En attendant, l’amitié pour elle-même tend à se raréfier. Il faut dire qu’au pays du « profit immédiat et des faveurs des médias »[1], on a que peu de cas à s’encombrer de l’amour platonique d’un frère humain au dessous de son échelon social.

Commençons peut-être par réintégrer un peu d’humanité dans tout ça, c’est-à-dire en substance : un peu d’effort gratuit ou de perte de temps non lucrative. Prenons peut-être chacun un jour le temps de sourire à un inconnu (pas juste pour draguer une personne de l’autre sexe), d’être aimables, d’accompagner deux minutes un quidam cherchant son chemin, ou éventuellement de poursuivre une discussion engagée avec son voisin dans les transports en commun[2]. N’ayons plus peur d’y plaisanter devant des inconnus non plus, quitte à être jeté en pâture à la vindicte de personnes peu scrupuleuses et bien contentes de pouvoir moquer un téméraire perpétuateur de lien social.

Ce sont bien l’humour et la gentillesse qui constituent les richesses du quotidien, ces perles non-marchandes qui peuvent parfois relever une journée perdue ou une vie en perdition.


[1] Une fois n’est pas coutume, j’en viens à citer un chanteur rebellisant…

[2] Si celui-ci y semble disposé bien sûr. Après 10h de labeur, des difficultés personnelles ou une journée harassante, c’est autre chose…

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6 réponses à Solipsismes dans la foule solitaire

  1. Brius le 14 août 2011 à 17 h 58 min

    pardon: que la plupart des Parisiens étaient d’anciens provinciaux,

  2. Brius le 14 août 2011 à 17 h 36 min

    Ce que vous appelez de vos voeux,cher Monsieur,était,ma foi,à très peu de chose près,et tout idéalisme à part,le quotidien des relations citadines avant la dernière guerre.Les plaisanteries impromptues fusaient dans les rues et les sourires s’échangeaient facilement,y compris les petits gestes d’entraide. Bon,c’était sans doute pas aux Champs Elysées,et encore !
    Qu’est-ce qui nous a changé ?
    Dernièrement une aticle Figaro,faisaient état des critiques des provinciaux envers les Parisiens.Ayant juste fait remarquer,un peu ironiquement peut-être,que la plupart des Parisiens des provinciaux,j’ai vu mon commentaire refusé par la modération.Amusant ,non?

    • Benjamin
      Benjamin le 15 août 2011 à 12 h 10 min

      Cher Brius,

      Effectivement, et sans jouer la vieille mégère geignant que “tout était mieux avant” -ce qui n’est pas vraiment le cas dans de nombreux domaines et qui de plus siérait mal à mon jeune âge-, c’est tout de même une certaine idée de la France en tant que nation consciente de l’être qui manque.

      C’est aussi tout une course au plaisir égoïste qui fait que les priorités sont complètement chamboullées par rapport à un ordre ancien où la notion de devoir envers autrui et envers la patrie étaient encore présentes.

      Enfin je pense aussi qu’à l’époque on ne se faisait pas aussi facilement agresser dans la rue qu’aujourd’hui, pour un regard de travers ou pour tout autre raison futile, et que la police était crainte et respectée, tout comme la justice. Le tout donnant à l’espace public une sérénité qui ressemble tant à un paradis perdu quand on écoute nos aînés parler du passé…

    • Benjamin
      Benjamin le 15 août 2011 à 12 h 14 min

      Concernant le Figaro.fr et leurs critères de modération, si tant est qu’ils aient encore des critères, ceux-ci me sont largement sybillins et énigmatiques… Vous pouvez tapoter sur votre Azerty sans crainte ici, la modération c’est moi et à moins vraiment de me spammer le site, je pense que tout débat est salutaire. Surtout foin de politiquement correct, cette maladie du siècle ne passera pas ici!

      Pour répondre à la deuxième partie de votre commentaire: les Parisiens seraient-ils des provinciaux honteux? La piste est lancée :-)

  3. DE BEVER le 17 juillet 2011 à 15 h 17 min

    C’est avoir l’âme d’un vrai yogi que de toujours essayer de s’améliorer et d’aider les autres à le faire

    • Benjamin
      Benjamin W. le 18 juillet 2011 à 19 h 34 min

      Merci, mais au risque de décevoir, je ne pratique pas le yoga :-)