Morceau choisi

La rébellion à peu de frais des bouffons de la gôche

6 décembre 2012
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Fadaises et jugements hautains sous un vernis humoristique craquelé: Sophia Aram ne se fait pas prier pour ses billets d’humeurs peu spirituels et convenus

En dardant leurs « bons mots » sur des cibles faciles, les néo-humoristes du micro­cosme média­tique s’assu­rent le succès à longueur de chroniques fadasses. Faux-rebelles et vrais crypto-idéologues, ils ont beau jeu de se draper dans le rôle du comique, censé les affranchir des règles déontologiques, pour dérouler leurs pamphlets enrobés de rire conformiste.

Ces « mutins de Panurge » (Philippe Muray) du microcosme médiatique, dans la droite ligne du prêt-à-penser qui est celui de leur muse faussement impertinente dénommée Canal +, vont se piquer d’esprit pour distribuer les bons et les mauvais points, en accord avec leur agenda libertaire et nihiliste.

Portrait-bobo de ce «spécialiste libertaire des expéditions plumitives sans risques » (expression toujours de ce cher Muray), glané sur le site de Valeurs Actuelles, sous la plume alerte de Fabrice Madouas:


Humoristes. On les entend partout et tout le temps. Ils commentent l’actualité, livrent leurs analyses. Ce sont les servants de la morale “bobo”. Enquête sur des comiques pas drôles.

Ils n’apparaissaient naguère que dans les émissions de variétés, entre Tatayet, le ventriloque, et Rémy Bricka, l’homme-orchestre. Les plus talentueux (Pierre Desproges, Thierry LeLuron) avaient droit à leur minute, celle de Monsieur Cyclopède, ou remplissaient les salles de spectacle. On les aimait – ou pas – mais enfin, on les choisissait, ils ne s’imposaient pas et n’avaient pas d’autre ambition que de nous amuser. Cette époque-là, celle du rire sans emphase ni prétention, mais aussi celle des mots d’esprit, cette époque est révolue. La grosse machine du rire s’est mise en marche et l’on ne peut en réchapper à moins de vivre en ermite. Les “humoristes” – car il s’agit d’eux et non des chansonniers, dont les traits nous ont toujours enchantés – sont partout, et surtout partout où ils n’étaient pas : matin, midi et soir, comme une drogue qu’il nous faudrait ingurgiter, ils s’emploient à commenter l’information. À la radio dont ils ont envahi les “matinales”, dans les journaux qui nous proposent leurs chroniques, à la télévision dont ils occupent les plateaux et les talk-shows avant 20 heures et bien après.

Non sans talent pour certains : Nicolas Canteloup et Laurent Gerra – servis par une équipe de gagmen astucieux – n’en manquent pas, même s’ils tapent souvent sous la ceinture. Mais d’autres, qui se piquent d’esprit, sont plus laborieux et beaucoup moins drôles : Sophia Aram, par exemple, ou Nicolas Bedos – le fils de Guy. Encore échappe-t-on désormais à Stéphane Guillon et Didier Porte, qui officiaient sur France Inter avant d’être remerciés en juin 2010.

Nicolas Bedos ou l’art de la rhétorique faussement impertinente

« Les humoristes aujourd’hui foisonnent, leurs saillies font florès, et sont légion ceux qu’elles cueillent de bon matin, les quelques millions de Français réveillés par l’inévitable “gondolade” radiophonique », résume le philosophe François L’Yvonnet, qui leur consacre un pamphlet, Homo comicus (lire notre entretien page 18). De cette république du rire, nos comiques ne sont plus les bouffons mais les princes – ou les petits marquis, c’est selon. Car ce sont devenus gens sérieux que ces humoristes « parlant gravement d’eux-mêmes et de la corporation. S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer, sauf à vouloir précipiter la disparition de la sacro-sainte liberté d’expression dont ils seraient l’actuelle incarnation », poursuit L’Yvonnet. « Je ne suis pas un comique, disait Guy Bedos, je suis un satiriste. » L’esprit de sérieux s’est emparé de nos amuseurs… suite sur valeursactuelles.com


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