Mai 68 Reloaded parle de lui-même

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25 mai 2011
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« Interdit d’interdire », « jouir sans entraves », « soyons réalistes, exigeons l’impossible ». L’image d’Epinal de slogans infantiles et simplistes portés par une jeunesse dorée en quête d’émancipation générationnelle prête aujourd’hui doucement à sourire. Certes, nul ou presque ne contestera le caractère excessif voire oppressant de certains carcans sociétaux quadrillant la France pré-1968. Il serait en effet bien ingénu de se vautrer dans la confortable et stérile posture du nostalgique vantant, telle une vieille mégère, le temps d’avant où tout aurait été mieux.

L’enfer est cependant pavé de bonnes intentions dit-on. A fortiori quand celles-ci s’expriment sur les pavés. L’esprit révolutionnaire, surtout quand il est porté par d’impétueux vents de jeunisme et les passions du moment, ne verse pas dans la pondération. En voulant lutter contre des contraintes sociales, voilà que nos jeunes des barricades ainsi que nos élites intellectuelles, culturelles et médiatiques (déjà si influentes) en sont venus à rêver d’abolir toute contrainte sociale. Pour accoucher in fine de la mise en place d’un autre corset, volontiers plus insidieux (car axé sur le déni et l’opposition à « l’ordre » existant), et basé sur une néantophilie axiologique[1].

Mais voilà qu’au Grand Soir vient succéder le lendemain qui déchante, et ce deuxième effet KissCool se fait cruellement ressentir, près de quarante ans après. Le délitement protéiforme de nos institutions et valeurs civilisationnelles, le laxisme portée en idéologie politique et valeur axiologique, ou encore la substitution des idéaux d’effort et d’endurance à ceux de l’hédonisme narcissique forcené, en sont quelques uns des symptômes les plus criants.

Si l’Histoire a en effet horreur du vide, comme le rapporte l’antienne, notre système idéologique dominant, quant à lui, l’adore, à tel point qu’il le proclame comme valeur suprême. Plus de famille, plus de père et de mère, plus de Dieu, plus de gendarme, plus de frontières, plus de règles ou d’obstacles à la jouissance, à la CON-sommation et à l’orgie démesurée des sens : voilà à quoi ressemblerait la boussole de notre bateau ivre.

Quant à « l’émancipation sexuelle », tant vantée par nos idéologues bobos, elle a pourtant davantage les traits d’une « aliénation sexuelle »[2]. Dans nos sociétés agressivement érotisées, le « devoir d’orgasme » porté au pinacle par nos médias et réinvestis par nos publisexistes tend à constituer une norme psychologique, produisant frustrations, stigmatisation, sentiment d’infériorité honteuse et souffrances diverses aux exclus de cette tyrannique « bienbaisance ». La ruine de notre propension à aimer et la dévastation du couple monogame –base de toute société saine- qui s’en suivent sont vectrices de maux et de conséquences dont on peine encore à mesure l’ampleur du désastre, assourdis que nous sommes par un cynique silence imposé sur ces questions –sous peine de se voir accusé de pudibonderie ou de loserisme[3].

Plus généralement, l’injonction au plaisir et à la jouissance, sous différentes formes, prend l’aspect d’une tyrannie qui ne dit pas son nom, anxiogène pour la masse des outsiders, ces absents de la liste des convives à l’ostentatoire bombance des genzheureux. Au droit de jouissance s’y est substituée l’injonction comminatoire au plaisir, sous peine de stigmatisation.

Cette matrix léguée par « mai 68 », c’est aussi le multi-kulti communautariste et son corolaire de fragmentation ethnicisante de nos espaces nationaux, l’à-plat-ventrisme idéologique face aux totalitarismes en France et dans le monde –« fanonisés » par un néo-tiers-mondisme aussi arrogant et naïf qu’inapproprié, la culpabilisation des victimes et l’absolution-bénédiction des criminels par un système répressif castré et inhibé, l’esthétisation du vice, la destruction des souverainetés nationales sur l’autel de l’idéologie du libre-marché, l’indignation sélective comme loisir du dimanche après-midi, le tourbillon de la consommation-plaisir exacerbée et déparée de toute primarité de besoin, et bien d’autres perles encore… Bref, démission morale et dérégulation globale dans à peu près tous les domaines.

Dessin de cerveau barréLa citadelle est jalousement gardée par un terrorisme intellectuel, cette sentinelle qui ne dort jamais, alternant virtuosité discursive, procès d’intention et amalgames despotiques afin de liquider symboliquement les éventuels réfractaires à la matrice idéologique de « mai 68 »[4].

Il s’agit bien de dénoncer ce mécanisme totalitaire qui obère l’émergence de vrais débats sur des questions considérées abusivement comme résolues, et qui pourtant engagent notre présent et notre avenir.

Brocarder cette nihiliste tyrannie de « l’interdit d’interdire » qui nous interdirait de penser, ce « jouir sans entraves » qui continue d’entraver notre propension à aimer. L’Amour avec un grand A, voilà ce qui dérange. C’est bien cela qu’il s’agit de protéger, ainsi que ce qu’il reste des valeurs de solidarité, de lien social et familial, de la vision du couple ne faisant qu’un. Et de l’humour, puisque mieux vaut en rire qu’en pleurer[5].

Alors pilule bleue ou pilule rouge ?

Avant de cliquer sur la pilule de votre choix, ce rappel de Morpheus:

« Prends la pilule bleue et [...] tu pourras faire de beaux rêves et penser ce que tu veux, choisis la pilule rouge [...] et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre. Mais n’oublie pas, je ne t’offre que la vérité, rien de plus… »



[1] L’individualisme solitaire et prométhéen, marque d’une certaine frange militante de mai 1968, s’est notamment vu supplanter par un individualisme aboulique et narcissique dominant à la fin des années 1970 dans notre caste intellectuello-culturalo-médiatique.

[2] J’emprunte l’expression à Christophe Prémat (« Emancipation ou aliénation sexuelle ? La révolution des mœurs en débat », revue en ligne Sens public, www.sens-public.org).

[3] Il est cependant nullement question ici d’appeler au retour à un « ordre moral » ex ante –l’expression en elle-même trahit d’ailleurs ses porteurs pris au propre piège de leur invective amalgamante : le pendant contraire dont ils se font les hérauts serait-il un « désordre moral » ?

[4] L’effroyable invention du politiquement correct en constitue une part substantielle.

[5] L’objet de ce site est aussi satirique, avec son lot inévitable de caricatures et de généralisations assumées…

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